Les seuils qui déclenchent une obligation, les dates qui coûtent cher quand on les manque, et les dépenses qui passent — ou qui ne passent pas. Tout ce que personne ne t'explique quand tu commences à ton compte au Québec.
Quatre chiffres décident de presque tout : si tu dois facturer des taxes, si tu dois payer d'avance, et à quelle fréquence tu remets.
Tant que tes revenus taxables restent sous 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs, tu es un petit fournisseur : tu ne factures pas de taxes et tu ne récupères pas celles que tu paies.
Le seuil se calcule sur douze mois glissants, pas sur l'année civile. Il peut donc se franchir en juillet. Et si tu le dépasses dans un seul trimestre, l'inscription est immédiate.
Tu dois payer des acomptes si l'impôt non retenu à la source dépasse 1 800 $ cette année et qu'il dépassait ce montant l'une des deux années précédentes. Le seuil est le même à l'ARC et à Revenu Québec pour un résident du Québec.
Les deux conditions doivent être remplies. Une première année à ton compte n'a pas d'historique : aucun acompte n'est exigé, mais la facture arrive quand même au 30 avril.
Si tu remets tes taxes une fois par année, tu dois verser quatre acomptes de TPS et de TVQ lorsque ta taxe nette atteint 3 000 $ pour l'année en cours et pour l'année précédente.
Ces acomptes-là s'ajoutent à ceux de l'impôt. Ce sont deux calendriers différents, vers deux comptes différents.
Revenu Québec attribue ta fréquence de déclaration — mensuelle, trimestrielle ou annuelle — selon le total annuel prévu de tes ventes taxables. Elle figure sur la confirmation de ton inscription à la TPS et à la TVQ.
Tu ne la choisis pas au départ, mais tu peux demander à déclarer plus souvent. Beaucoup de travailleurs autonomes préfèrent le trimestriel pour éviter d'avoir dépensé l'argent des taxes avant de le remettre.
Les dates changent selon ta situation. Voici les trois calendriers qui se superposent, et ils ne tombent pas aux mêmes moments.
| 15 mars | Premier versement de l'année |
| 15 juin | Deuxième versement |
| 15 septembre | Troisième versement |
| 15 décembre | Quatrième versement |
Deux paiements distincts à chaque date : un à l'ARC, un à Revenu Québec. Celui de Revenu Québec couvre aussi ton RRQ et ton RQAP, ce qui le rend souvent plus gros.
| 30 avril | Pour janvier à mars |
| 31 juillet | Pour avril à juin |
| 31 octobre | Pour juillet à septembre |
| 31 janvier | Pour octobre à décembre |
La déclaration et le paiement sont dus un mois après la fin de la période.
| 30 avril | Paiement du solde de l'année précédente |
| 15 juin | Production des déclarations |
Ce sont deux dates différentes, et c'est la source de confusion la plus coûteuse. Pour un particulier en affaires dont l'exercice se termine le 31 décembre, le paiement est dû le 30 avril même si la déclaration peut attendre au 15 juin. Payer en retard coûte des intérêts ; produire en retard coûte une pénalité distincte.
| 1er mars | Dernier jour pour cotiser à un REER pour l'année précédente |
| 30 avril | Paiement de ton solde d'impôt |
| 15 juin | Production de ta déclaration, si tu es à ton compte |
Le délai supplémentaire jusqu'au 15 juin ne s'applique qu'à la production. L'argent, lui, est dû le 30 avril.
Un salarié voit son talon de paie et comprend ce qui part. À ton compte, personne ne retient rien — mais tout reste dû. Voici les cinq morceaux, en plus de l'impôt lui-même.
Un salarié paie environ 6,3 % de son salaire au Régime de rentes du Québec, et son employeur paie l'autre moitié. À ton compte, tu es les deux : tu paies la part complète.
En 2026, cela représente 12,6 % sur la tranche de tes gains située entre 3 500 $ et 74 600 $, puis 8 % sur la portion qui va jusqu'à 85 000 $.
C'est le chiffre qui surprend le plus. Sur 50 000 $ de revenu net, le RRQ à lui seul dépasse 5 800 $ — avant le premier dollar d'impôt.
Le Régime québécois d'assurance parentale s'applique aussi aux travailleurs autonomes, au taux de 0,764 % en 2026, sur un revenu maximal de 103 000 $.
Il te donne droit aux prestations de maternité, de paternité et parentales. Ce n'est pas une taxe : c'est une assurance que tu paies pour toi-même.
Elle vise les revenus d'entreprise et les autres revenus non salariaux. Le revenu d'emploi en est exclu.
Sous un seuil d'environ 18 500 $ de revenu total, rien n'est dû. Au-delà, la cotisation est de 1 % du revenu excédentaire, mais elle se calcule en deux temps : elle plafonne d'abord à 150 $, puis reprend sa progression au-delà d'environ 64 000 $ de revenu, jusqu'à un maximum de 1 000 $.
C'est pourquoi un revenu de 40 000 $ ne donne pas 215 $ de cotisation, mais 150 $. Le palier intermédiaire surprend souvent.
Si tu n'es pas couvert par un régime privé, tu paies une prime annuelle avec ta déclaration de revenus. Elle est nulle à faible revenu, puis augmente progressivement selon ton revenu familial net.
Attention à l'année : les tarifs du régime public changent le 1er juillet, pas le 1er janvier. La prime maximale est passée de 766 $ à 789 $ le 1er juillet 2026. Une année civile chevauche donc deux tarifs.
Beaucoup de gens l'oublient parce qu'elle ne ressemble pas à de l'impôt. Elle apparaît pourtant sur la même facture d'avril.
Deux gouvernements, deux tables de taux progressifs, deux comptes à payer.
Le Québec est la seule province à administrer son propre impôt. En compensation, les résidents du Québec bénéficient d'un abattement sur l'impôt fédéral.
Ton taux d'imposition n'est pas un pourcentage unique : chaque tranche de revenu est imposée à son propre taux. C'est pourquoi un pourcentage fixe mis de côté se trompe presque toujours.
Une dépense bien classée réduit ton impôt. Mal classée, elle attire une question — ou un refus. Voici ce qui va où, et surtout ce qui n'y va pas.
Loyer ou hypothèque, électricité, chauffage, assurance habitation, taxes municipales — au pourcentage de ton logement qui sert à ton travail.
Un local loué ailleurs va dans Loyer. Ton internet va dans Télécommunications. Au Québec, la portion d'affaires est ensuite coupée de moitié sur tout sauf le chauffage, l'électricité et l'eau — une règle qui n'existe pas au fédéral.
Essence, entretien, immatriculation, assurance auto, location, Communauto — à la portion d'affaires.
Les billets de train ou d'avion vont dans Frais de déplacement. Une contravention n'est jamais déductible. Ta portion d'affaires se justifie par un carnet de route, pas par une estimation.
Repas avec un client ou un fournisseur, et frais de représentation.
Tes repas seuls pendant une journée ordinaire ne sont pas déductibles. Ceux qui le sont ne le sont qu'à 50 %, et seule la moitié des taxes se récupère. Le pourboire fait partie de la dépense, mais ne porte aucune taxe.
Cellulaire, internet, téléphone — à la portion utilisée pour le travail.
Si la même ligne sert au personnel et au travail, ajuste la portion déductible plutôt que de tout réclamer.
Papeterie, encre, timbres, petites fournitures qui s'épuisent.
Un ordinateur, un bureau, une chaise sont des biens durables qui s'amortissent sur plusieurs années. Ton comptable les traite à part.
Matériel consommé directement dans ton travail : produits, pièces, matières premières.
Ce qui sert à l'administration va plutôt dans Frais de bureau.
Comptable, avocat, notaire, consultant, technicienne comptable.
Un sous-traitant qui exécute ton travail à ta place n'est pas un honoraire professionnel. Signale-le à ton comptable : un feuillet peut être exigé.
Assurance responsabilité professionnelle, assurance d'entreprise, assurance de tes biens d'affaires.
L'assurance de ton logement va dans Bureau à domicile, celle de ton auto dans Frais de véhicule. Tes assurances vie, santé ou invalidité personnelles ne sont pas des dépenses d'entreprise. Et la taxe qui figure sur une prime d'assurance n'est ni de la TPS ni de la TVQ : elle ne se récupère pas, même si la prime elle-même est déductible.
Publicité, cartes professionnelles, site web, hébergement, promotion, commandites.
Les journaux et magazines étrangers ont des règles particulières au fédéral.
Local commercial loué à l'extérieur de chez toi : bureau, atelier, entrepôt, espace de travail partagé.
Si tu travailles de chez toi, ton loyer va dans Bureau à domicile, où seule la portion d'affaires compte.
Avion, train, autobus, taxi, hébergement et stationnement pendant un déplacement d'affaires.
Tes trajets quotidiens entre la maison et un lieu de travail habituel ne sont pas déductibles.
Réparation et entretien de ton équipement de travail ou de ton local d'affaires.
L'entretien de ton auto va dans Frais de véhicule. Les rénovations de ton logement sont rarement déductibles telles quelles.
Intérêts sur un emprunt d'affaires, frais de compte bancaire d'entreprise, frais de traitement des paiements.
Le remboursement du capital d'un prêt n'est pas une dépense. Seuls les intérêts le sont.
Permis d'exercice, cotisation à un ordre professionnel, licences, taxe d'affaires.
Tes acomptes d'impôt et tes remises de TPS et de TVQ ne sont pas des dépenses : ce sont des paiements d'impôt.
Frais médicaux, dons de charité, cotisations REER.
Ils donnent un crédit ou une déduction sur ta déclaration personnelle, calculé selon ton revenu. Ils n'ont pas leur place dans un état des résultats d'entreprise — mais ils comptent quand même, ailleurs.
Ceux-ci ne sont écrits nulle part sur un reçu. Ils font pourtant la différence entre un chiffre juste et un chiffre qu'un vérificateur corrigera.
Depuis 2013, les deux taxes s'appliquent au même montant avant taxes : 5 % pour la TPS, 9,975 % pour la TVQ. Avant cette date, la TVQ se calculait sur le prix TPS incluse — une taxe sur la taxe qui n'existe plus.
La formule courte : prix avant taxes × 1,14975. Sur 199 $, ça donne 228,80 $, pas 229,79 $.
Si tu entres le total d'un reçu de restaurant, pourboire compris, et que tu laisses un calcul automatique en extraire les taxes, tu réclames un crédit sur un montant qui n'a jamais été taxé.
Sur un repas de 100 $ avec 15 $ de pourboire, l'écart est d'environ 1 $ par facture. Multiplié par une année de représentation, il devient visible.
Pour réclamer la TPS et la TVQ payées sur une dépense, il faut que le fournisseur soit inscrit et que son numéro figure sur la facture.
Un reçu de caisse sans numéro d'inscription, une facture manuscrite sans en-tête : la dépense reste déductible, mais les taxes ne se récupèrent pas.
Revenu Québec évalue six critères pour distinguer un travailleur autonome d'un salarié : la subordination dans le travail, le critère économique ou financier, la propriété des outils, l'intégration des travaux, le résultat particulier du travail et l'attitude des parties. La subordination est le plus important et peut être décisif à lui seul.
Il n'existe aucun seuil chiffré. Mais plus tu dépends d'un seul donneur d'ouvrage, plus tu suis des méthodes imposées et plus tu t'intègres à son fonctionnement, plus la question se pose — même si ton contrat dit le contraire.
Le vocabulaire fiscal suppose que tu le connais déjà. Voici les traductions.
Un paiement d'impôt fait d'avance, pendant l'année, au lieu d'un seul montant en avril. Les gouvernements les calculent d'après tes années précédentes et t'envoient les montants.
Les taxes que tu as perçues de tes clients, moins celles que tu as payées sur tes achats d'affaires. C'est ce montant-là que tu remets — ou qu'on te rembourse s'il est négatif.
Crédit de taxe sur les intrants et remboursement de la taxe sur les intrants. Ce sont les noms officiels de la TPS et de la TVQ que tu récupères sur tes dépenses d'affaires.
Quelqu'un dont les revenus taxables restent sous 30 000 $ sur quatre trimestres consécutifs. Il n'a pas à s'inscrire aux taxes, ne les facture pas, et ne les récupère pas non plus.
Les deux formulaires d'état des résultats d'un travailleur autonome : le T2125 au fédéral, le TP-80 au Québec. C'est là que tes revenus et tes dépenses d'entreprise aboutissent.
Si tu exerces plus d'une activité, chacune demande son propre état des résultats.
Le pourcentage d'une dépense qui sert vraiment à ton travail. Pour un cellulaire partagé ou une voiture, c'est ce pourcentage qui compte, pas le montant complet.
La façon d'étaler le coût d'un bien durable — ordinateur, mobilier, véhicule — sur plusieurs années, au lieu de tout déduire l'année de l'achat.
Cette page résume des règles publiées par l'Agence du revenu du Canada et par Revenu Québec, notamment le guide Les revenus d'entreprise ou de profession (IN-155). Les taux et les seuils cités sont ceux de 2026.
C'est de l'information générale, pas un conseil fiscal. Ta situation peut comporter des particularités que ces pages ne couvrent pas, et seule une personne qui connaît ton dossier peut te répondre avec certitude. Pour les textes officiels, consulte Revenu Québec et l'Agence du revenu du Canada.
Une erreur, une imprécision, une question sans réponse ici ? Écris-moi à fred@tontrimestre.ca — cette page est faite pour être corrigée.
Trimestre applique ces règles à tes vrais chiffres et te dit combien mettre de côté, et quand payer.
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